Ces chefs attirés par la cuisine de rue.

Publié le 19 Avril 2016

 

 

Séduits par la liberté créative et le contact humain qu'apportent les camions de cuisine de rue, de plus en plus de chefs renommés se lancent dans l'aventure.

La méfiance de l'industrie envers ce nouveau mode de restauration semble donc être chose du passé. À quelques jours d'amorcer son aventure de cuisine de rue, Jérôme Ferrer est nerveux.

«Quand on fait de la cuisine, c'est pour faire plaisir alors j'espère que je serai à la hauteur pour ne pas décevoir», a lancé le chef étoilé d'Europea.

 

Avec Europea Mobile et Jerry Mobile, deux véhicules équipés pour les quatre saisons, Jérôme Ferrer a vu les choses en grand.

En plus de servir gratuitement les 500 premiers clients de son lancement mercredi prochain à Montréal, il partira en tournée gastronomique à travers le Québec, en passant par Drummondville, Gatineau, Sherbrooke ou encore la Gaspésie.

S'il admet être fébrile, c'est notamment à cause du défi professionnel qu'il s'est lancé, la cuisine de rue étant un tout nouveau métier.

«C'est très différent et très exigeant, pour nous ça ressemble plus à un traiteur», a confirmé Martin Juneau, chef du Pastaga, qui installera un deuxième camion de Monsieur Crémeux, le mois prochain, à la place Jacques-Cartier.

Pour lui, l'aventure de la cuisine de rue débutée en 2012 fut un double apprentissage puisqu'il «apprenait le métier de glacier et de restauration de rue».

 

 

 

 

«ON ESSAYE DES CHOSES»

Loin de la minutie et de l'émotion, la cuisine de rue exige une certaine standardisation en plus d'être apprêtée rapidement: tout un défi pour ces chefs habitués à la gastronomie traditionnelle.

«On ne peut pas faire comme au restaurant, car on a peu d'instruments et peu d'espace», a confirmé Martin Picard, chef d'Au Pied de Cochon et du camion du même nom. Il voit dans la cuisine de rue une manière créative de prolonger sa vision d'entreprise et s'implique à «180 % dans les menus».

C'est cette liberté créative qui a aussi séduit Thierry Baron, chef du Vertige et copropriétaire du Duck Truck.

«Au bout de 10 ans, au restaurant, il y a des classiques que je ne peux plus changer, a dit M. Baron. Au camion, on essaye des choses, on suit la mode.»

 

 

 

 

RISQUE FINANCIER

Si Jérôme Ferrer est confiant qu'il va savourer cette nouvelle aventure, les garanties financières sont moins certaines.

«C'est un gros pari financier, Europea Mobile est quasiment mieux adapté qu'une cuisine de restaurant et sera sans doute le camion le plus cher à opérer à l'heure, a-t-il admis. Espérons qu'on n'aura pas d'accident!»

D'ailleurs, même les camions en opération ne roulent pas sur l'or.

«On est un des camions qui roule le plus et même avec ça, c'est tout juste rentable», a ajouté M. Picard.

Pour Thierry Baron, dont le camion sert jusqu'à quatre sandwichs à la minute, le secret réside surtout dans l'organisation du service.

«Les clients ne souhaitent pas faire la file, entre plusieurs camions, ils choisissent souvent là où il y a le moins d'attente.»

 

 

 

 

PAS ENFERMÉS EN CUISINE

Si la dynamique est différente aux fourneaux, elle l'est tout autant auprès des clients.

«Dans un restaurant français, il y a certaines attentes et c'est presque normal que ce soit bon, a ajouté M. Baron. Au camion, les gens reviennent nous dire quand ils ont aimé et pour moi qui suis toujours enfermé en cuisine, c'est un contact privilégié.»

Bien que chacun ait déjà des journées bien remplies, la plupart avouent participer activement au service dans le camion.

«Je ne veux pas que ce soit une juste vitrine, a poursuivi Jérôme Ferrer. Je veux m'éloigner de l'image du chef étoilé et déconnecté, je veux être accessible et rassembleur.»

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #Bouffe de rue

Repost 0
Commenter cet article